L’ART DE VIVRE.

LA Provence n’existe pas

Si on demandait à 10 personnes différentes : "Qu’est-ce que c’est que la Provence et où la situez-vous?", vous auriez probablement 10 réponses différentes, pour la bonne et simple raison que la Provence n'est pas une unité administrative. Il y a bien la région "Provence - Alpes - Côtes d’Azur, qui comprend le sud-est de la France, avec les Alpes et la Riviera françaises, mais à laquelle n’appartiennent pas des villes telles que Nîmes et Aigues-Mortes.
On pourrait dire que la Provence est comprise dans le triangle Orange - Marseille - Aigues-Mortes et qu'elle comprend plus ou moins les départements Du Gard, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Elle correspond à l'ancienne provincia Narbonensis au temps des Romains, à l’exception de la partie occidentale.

Jusqu’à la chute de l’Empire Romain, la Provence reste territoire romain, après quoi elle fait partie du royaume des Francs, pour rester ensuite indépendante de la France sous diverses dénominations, avec comme frontière infranchissable, le Rhône. L’indépendance de la Provence dure jusqu’au 15° siècle et les propriétés papales autour d’Avignon ne sont reliées à la France qu’en 1791.

 

Qui dit Provence, pense automatiquement au ciel bleu azur et à l’odeur de la lavande sous un soleil rayonnant. Et en effet, avec ses 2 500 heures de soleil par an, la région est une des plus ensoleillées de la France, mais néanmoins, le vent joue un rôle primordial dans le climat provençal. Le plus redouté est le Mistral ("mistrau" signifie "maître" en provençal). Ce vent froid, venant du nord, souffle des sommets du Massif Central et sévit avec une violence folle dans la vallée du Rhône (selon les vieilles légendes locales, le Mistral se lèverait quelque part en Sibérie en soufflerait sa colère aux bords de la Méditerranée). Il y a une consolation, le Mistral purifie aussi bien l’air que le sol (les Provençaux l’appellent d’ailleurs "chasse-nuage" ou "mange-fange"). Au sommet de sa force, il peut atteindre des vitesses jusqu’à 180km/h et il disparaît aussi soudain qu’il n’est venu.
Le paysage provençal est très varié, des énormes plaines, telles que la Camargue, aux splendides monts et collines (le plateau de Vaucluse - les Alpilles) jusqu’au géant de la Provence, le Mont Ventoux, le mont chauve, qui, avec ses 1912m, domine toute la Provence. A côté de tout cela, il y a les caprices des rivières, telles que l’Ardèche et la Nesque, dont les cours ont été érodés tellement au cours des millénaires, qu’ils forment de vraies gorges,(=une sorte de cañon), pour lesquelles chaque touriste est en admiration. Et bien sûr, il y a la Méditerranée, la mer bleue, qui est bleue, comme elle seul peut l’être. Le climat doux et la nature magnifique nous donnent une richesse en produits.


Les primeurs dans toutes leurs variétés (asperges, tomates, fraises, melons, …) sont cultivées sur des champs assez étroits, protégés au nord par des rangées de cyprès ou des clayonnages. Les primeurs se vendent aux marchés agricoles, comme il y en a un de très typique à Velleron.
La lavande et le miel dans la région d’Apt et de Sault
Les magnifiques rangées d’oliviers dans la région de Nyons et des Baux, certains plantés il y a plus de 300 ans, qui nous donnent le beurre de la Provence, à savoir l’huile d’olive (de préférence, la vierge de 1ère pression).
Les richesses de la mer, un éventail de coquillages et crustacés, complétés par les variétés méridionales : des poissons tels que le loup de mer, la rascasse et le Saint-Pierre.
Le long du Rhône, dans le Lubéron et autour d’Aix-en-Provence, les vignobles qui rapportent de grands vins.

La Provence qui, de tout temps, a aspiré à l’indépendance, possède sa propre langue et culture. Ainsi vous remarquerez que chaque village a ses panneaux routiers bilingues (français-provençal). Par exemple : Avignon-Avignoun , Pernes-les-Fontaines-Perno li Font, le Thor - Lou Thor

Alors, ne dites jamais à un Provençal que sa langue est un dialecte, vous ne pouvez pas l’insulter de manière plus grossière. La langue provençale se caractérise par sa musicalité et par sa prononciation et son vocabulaire remarquables : un pain se prononce un peing, un marchand devient un marchang et le e final de chaque mot est prononcé de façon très accentuée. Un petit exemple : "Et bieng, tu ne prang plus de ving? Attentiong, il y en a pour Florette et Amandine, en somme pour chacung parmi nous." Ajoutez à cela le vocabulaire typiquement provençal, dont voici un petit florilège : peuchère = le pauvre - un pitchoun/une pitchounette = un petit garçon/petite fille - le cagnard = le soleil. Tous ces mots nous sont restés grâce à un mouvement culturel du 19° siècle « Le Félibrige » sous la direction de Fréderic Mistral. Le Félibrige est né au Château de Font-Ségugne à Châteauneuf-de-Gadagne.

Un de ces mots typiquement provençaux est le pastaga, que nous connaissons sous le nom de pastis, l’apéro national du Provençal qu’il va déguster pendant que, gesticulant très fort, il se dispute la victoire en pétanque, le sport national de Marseille à Orange. Mais d’habitude, il terminera par : "C’est la mienne", expression par laquelle il désigne que c’est sa tournée. Si vous tenez compte du fait que chaque rencontre entre amis commence par une abondante embrassade et que "demaing peut-être" signifie aussi bien tout de suite que l’année prochaine vous avez une image plus ou moins fidèle du Provençal.

Pour terminer, n’oublions pas la gastronomie provençale. Le respect de la tradition culinaire fait que la base de cette gastronomie sont les honnêtes et délicieux produits du terroir, tels que l’ail, l’huile d’olive, la viande d’agneau et les herbes de Provence qui se font cueillir en pleine nature : le thym, le romarin, le pèbre d’aï …
Avec tous ces produits et avec les richesses de la mer on prépare les plats les plus raffinés tels que la bouillabaisse, la soupe au pistou, la tapenade, l’"aigo boulido", le bœuf gardian, le pan bagnat, les seiches provençales …. (mmm …)

 

 

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Une année en Provence
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Françoise Bourdin

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